Enchaine a mes pensees par Coyote Sheff

Avec l’incarcération viennent les ténèbres et une fois que vous vous êtes soumis aux ténèbres la seule chose à faire est de chercher la lumière. Je crois que c’est à cause de ça que depuis que j’ai été déprimé j’ai toujours une insatiable faim de savoir, de réflexion et d’éducation supérieures. Beaucoup de choses que j’ai appris ici, je les ai apprises à travers l’expérience crue, la douleur personnelle ou les conflits. Mes autres sources de savoir ont été obtenues grâce à des recherches intenses et à des études, principalement des études ‘intracellulaires’! Mais il y a beaucoup d’autres choses que j’ai appris grâce à d’autres détenus.

Ça va de pair avec le fait de tenir le coup. Il y a eu de nombreux camarades et détenus différents à travers les années qui ont eu assez de gentillesse et de respect pour prendre du temps et me montrer des choses, des idées, des perspectives et des moyens d’avancer, des manières de contourner et de surmonter les oppresseurs en costumes couleur cornichon. C’est ça être un détenu, savoir faire de la taule ; veiller sur d’autres détenus. Parce que, que ça plaise ou non, nous sommes tous menottés par les mêmes menottes, nous sommes tous enchaînés par les mêmes chaînes, nous sommes tous pris dans la même folie ensemble.

J’ai toujours eu autour de moi des détenus pour me passer un nouveau roman ou un livre, ou quelqu’un d’assez bien pour m’encourager à poursuivre mes études encore plus loin, à développer mes propres compétences d’écriture et à mettre mes compétences en action. Depuis, un feu brûle en moi et je suis en une sorte de mission secrète pour le conserver en allumant les torches des autres dont je vois qu’ils ont du potentiel ou qui sont ambitieux ou qui cherchent à saisir et à comprendre les choses plus profondément, plus profondément que leurs perceptions normales de ce qu’ils considèrent comme la RÉALITÉ.

Comme si les conditions d’enfermement n’étaient pas assez tristes, c’est comme si de nos jours, dans ces situations de détention en isolement, les dingos semblent être plus nombreux que les détenus qui tiennent le coup. Quand je dis les dingos je parle principalement des détenus et des patients de psy qui devraient être enfermés pour leur propre protection ou transférés dans un établissement psychiatrique, ceux qui oeuvrent soit ouvertement contre la solidarité et l’unité de la classe des prisonniers, main dans la main avec l’Administration, ou ceux qui oeuvrent impassiblement contre nous pour leur propre et écœurante satisfaction personnelle. C’est dévastateur pour nous tous d’être sous la menace d’un même pistolet et de continuer à œuvrer contre nous-mêmes au lieu de diriger nos frustrations et notre aversion contre celui qui nous tient le pistolet au visage.

De plus en plus de prisons sont construites et la plupart sont sévèrement critiquées. D’État en État les conflits internes qui émergent à l’intérieur de ces donjons sont ce qui donne à l’Administration l’excuse dont elle a besoin pour nous garder enfermés dans une cellule toute la journée, tous les jours.

Je vois sans arrêt de nouveaux visages, la plupart de ces nouveaux visages qui passent par ce système répugnant semblent être de plus en plus jeunes. Ce système n’a aucune hésitation quand il s’agit d’enfermer des gamins et de les jeter avec les Lions. Tous les vrais détenus savent ce que ce système fait à ces jeunes, en quoi ça les transforme, et tous les vrais détenus savent qu’on ne peut pas compter sur les mêmes gens qui nous oppressent pour nous aider.

Donc c’est à nous, en tant que détenus de donner à ces jeunes les bons outils, les bons conseils et la bonne éducation, pour les aider à avancer, parce que ces jeunes lorgnent la vérité comme un vautour lorgne un cadavre, ils lorgnent le pouvoir du savoir comme un chacal lorgne le sang d’os abandonnés qu’il pourra lécher.

C’est à nous de guider ces jeunes le long du bon chemin, de transformer les charognards en chasseurs et de faire de l’éducation supérieure et de l’apprentissage en autodidacte leurs proies premières. C’est vrai qu’il n’y a personne de plus dangereux qu’un voyou averti, mais je pense à ce qu’il y a au-delà. Je parle d’inculquer la dignité et l’estime de soi, la productivité, la créativité et l’intelligence aux plus jeunes générations et également à chacun. Nous devons chercher des manières de nous élever au dessus de ces situations horribles, d’avancer.

Je crois qu’en tant que détenus, quelle que soit notre race, nous sommes tous des gens oppressés. Pour nous hisser au dessus de l’oppression nous devons d’abord nous enseigner à penser sur un plan supérieur. Nous devons d’abord nous libérer grâce au savoir. Le savoir est inutile sans action et l’action est sans fondement sans le savoir.

Grâce à mes actions et grâce à mes efforts j’ai été capable de mettre en pratique ce qu’on appelle la “Solidarité”.

C’est toujours un soulagement d’ouvrir les yeux de quelqu’un sur quelque chose de vrai, quelque chose de nouveau et quelque chose de progressiste, en particulier dans ces situations confinées. C’est toujours un soulagement d’être en mesure d’offrir de nouveaux aperçus, de nouvelles idées, et d’être en mesure d’inspirer d’autres à vouloir pousser plus loin leur propre chemin ou leur sphère de connaissance.

Je l’ai déjà dit et je vais le redire : on peut trouver quelques-uns des esprits les plus brillants, les plus intelligents précisément ici, derrière les lignes ennemies. À tous les Camarades, Activistes et Organisateurs dans les rues, si vous n’écrivez pas à un détenu, vous ne savez pas ce que vous manquez. Impliquez-vous avec un détenu et partagez ses combats et ses fardeaux, et vous aurez quelques-unes des conversations et des discussions les plus instructives et les plus franches qui soient. Si vous écrivez à un détenu, ça ne peut pas vous nuire de lui envoyer un livre, au moins une fois par mois, de façon à ce qu’il puisse chercher une libération dans le pouvoir du savoir.

Aux Camarades emprisonnés en détention en isolement, dans les prisons à travers le pays et au delà, nous devons nous élever au dessus de cette oppression. Nous devons sortir à grands pas de ces ténèbres pour aller vers la lumière. Ouvrez vos yeux, ouvrez votre coeur et ouvrez votre âme à la vérité et à la lutte. Si vous avez ce qu’il faut pour apprendre alors vous avez ce qu’il faut pour enseigner.

Je vous encourage à faire des copies de ce texte, à le publier dans votre journal, votre liste de diffusion ou magazine, à en envoyer une copie à des détenus, en particulier à des détenus condamnés à des peines d’asservissement solitaire. Et j’encourage les détenus à le diffuser auprès d’autres détenus. Utilisez-le comme un exemple pour écrire vos propres textes, pour dire ce que vous avez à l’esprit, pour dire la vérité.

Merci de m’avoir offert cette opportunité de dire ce que j’avais à l’esprit. J’étais enchaîné à mes pensées jusqu’à ce que je prenne le temps de les partager avec vous.

Dans la vérité et dans la lutte,

Coyote Sheff

Ely State Prison, Nevada

2006

Coyote Sheff

#55671

PO Box 1989

Ely, NV 89301

USA

D.R.I.V.E.

DEATH Row INNER-COMMUNALIST VANGUARD ENGAGEMENT

 

 

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