2/11/05, Mercredi (jour d'Odin) apres-midi
La manifestation a commencé! Je suis assis ici dans une cellule recouverte de gaz lacrymogène de qualité militaire. On m’a totalement déshabillé et mon corps est en feu. Tout ce que j’ai dans cette cellule est un matelas saturé d’« agents chimiques » et la toilette est cassée et remplie d’excréments et d’urine. J’ai tout juste réussi à glisser un stylo et un peu de papier sous la « porte de sécurité » à l’instant.
Hier, mardi 1er novembre 2005, j’ai pris possession des menottes en revenant de la douche (c’est-à-dire qu’après être rentré dans ma cellule, j’ai passé mes bras par la fente pour la nourriture afin qu’on m’enlève les menottes. Lorsque l’officier a défait une menotte je les ai immédiatement rentrés dans la cellule.) Ensuite, j’ai immédiatement commencé à me « mettre en tenue ». J’ai mis mes vêtements et mon masque à gaz fait maison, puis j’ai préparé ma porte pour qu’on ne puisse pas l’ouvrir.
Tous les gradés sont venus, y compris le Capitaine et le Major. Ils ont commencé leur propagande entre eux : « Ouais, je suppose que Will veut simplement se faire botter les fesses. » « Je crois qu’on devrait voir combien de bombes de gaz ça prend pour peindre toute la cellule en orange. » Blablabla. Un truc intéressant : le Major Nelson m’a dit qu’elle avait lu une lettre ouverte adressée au personnel d’ici, que j’avais écrite à peu près une semaine avant. Dans cette lettre, j’annonçais en gros que je suis pacifique et demandais que le personnel ne m’attaque pas ni ne cherche à rendre les choses ingérables. Melle Nelson a dit qu’elle « avait lu ma propagande » et a ajouté d’un ton menaçant : « L’équipe sera ici dans quelques minutes, et on verra à quel point ta lettre a eu un impact ! » Elle avait manifestement ordonné aux gardes de l’équipe d’être particulièrement agressifs. Ce système réagit toujours de manière violente et sadique aux protestations pacifiques.
Quelques minutes plus tard, l’équipe de cinq hommes est arrivée avec l’équipement anti-émeute complet : casque avec masque d’acier, lourds gilets pare-balles et anti poignards, masques à gaz, protections pour les pieds et les jambes qui ressembles à celles d’un receveur au baseball, et l’homme de tête avait un bouclier d’émeute. Le Lieutenant Bryant donnait les ordres et le Sergent Poole tenait la bombonne de gaz. Les nouvelles bombonnes de gaz qu’ils utilisent ressemblent à de petits extincteurs noirs. On m’a dit que ça s’appelle des Top Cop LE-10 Crowd Control (LE-10 anti-émeute pour flics d’élite). C’est bien pire que les anciens trucs.
L’équipe s’est alignée devant ma porte dans le style Gestapo, un autre garde a braqué une caméra vidéo sur les gradés et le Lieutenant Bryant a hurlé : « Prisonnier Will, relâchez les menottes et déshabillez-vous pour la fouille, ou nous utiliserons une équipe de cinq hommes. » Je me suis préparé pour l’explosion, j’ai levé mon drap, Bryant a redonné l’ordre, et le Sergent Poole a appuyé sur la gâchette. Bien que j’aie eu le visage couvert et que le drap ait bloqué une partie du gaz, j’en ai quand même perdu le souffle.
Il m’a fallu quelques minutes pour retrouver mes sens, puis je suis allé à la porte et ai essayé de parler, mais je ne pouvais pas sortir ce que je voulais dire, j’étais encore un peu sous le choc. Je me suis donc remis derrière le « bouclier » que j’avais fait avec mon drap et je me suis préparé pour la seconde explosion. Le Sergent Poole a de nouveau tiré, vidant cette fois entièrement la bombonne. Il ne s’agit pas d’une petite bombonne de macis ou de gaz poivre, mais d’une grosse bombonne de gaz anti-émeute, du même genre qu’utilisent les militaires.
Juste après la deuxième explosion je suis allé à la porte et j’ai hurlé : « Accordez un sursis immédiat à Jaime Elizalde Jr. et à Tony Egbuno Ford et je sortirai. » L’équipe s’est tendue et le lieutenant Bryant a hurlé, furieux, « Ouvrez la porte ! » Personne n’avait jamais rien dit de tel avant, donc j’avais vraiment dû le mettre en colère. Ces gardes sont tellement endoctrinés qu’ils perdent toute notion d’autocontrôle lorsque quelqu’un défie ce système.
Les rouages électriques de la porte se sont mis à tourner, mais ils n’ont pas réussi à l’ouvrir. J’ai cru que le Lieutenant Bryant allait avoir une attaque ! Je ne pense pas que quelqu’un lui ait déjà verrouillé une porte de cellule au nez comme ça. Ils ont commencé à taper, frapper, donner des coups de pieds et secouer la porte comme des petits durs dans la cour d’école piquant une crise parce qu’ils ne pouvaient pas atteindre le gamin qu’ils voulaient tabasser. Ils continuaient à m’ordonner de sortir, mais j’ai refusé.
Le gaz a commencé à me rentrer dans les yeux, et je suis allé à la porte pour dire à Poole que j’allais sortir de façon pacifique et qu’il s’agissait d’une protestation non-… Bamm!! J’ai entendu le Lieutenant Bryant donner l’ordre, et avant que j’aie le temps de dire « violente » et de bouger, le Sergent Poole m’a gazé en pleine face. La force de l’explosion a fait partir ma tête en arrière et j’ai été momentanément aveuglé. J’ai trébuché un peu en arrière puis j’ai essuyé l’épaisse couche de gaz qui me faisait l’effet d’avoir le visage couvert de lave.
J’ai encore attendu quelques minutes et je leur ai dit que je sortirais pacifiquement et sans violence. J’ai mis la clef des menottes dans la fente de sécurité. Puis j’ai mis mes vêtements dans la fente, ce qui correspond à la procédure lorsqu’un détenu quitte sa cellule. J’ai enlevé mon masque à gaz et j’ai immédiatement été aveuglé et ne pouvais plus du tout respirer. Je me suis plié en deux et j’ai commencé à étouffer et à chercher de l’air. J’avais l’impression qu’on avait noué un nœud coulant autour de mon cou et qu’on m’avait laissé pendre. Mes poumons étaient en feu et j’ai cru que j’allais mourir sur le champ. Tout est devenu noir et tout ce à quoi je pouvais penser était de l’air : « Je dois respirer, j’ai besoin d’air, d’air, j’ai besoin d’air, je dois respirer ! »
Les gardes hurlaient quelque chose mais je ne les comprenais pas ; je ne pouvais pas respirer, ni voir, ni entendre. J’ai essayé d’ouvrir les yeux mais c’était impossible. Après avoir repris une partie de mes sens à travers l’étouffement et la toux, j’ai réussi à mettre les menottes dans la fente avec le reste de mes vêtements. On m’a menotté, j’ai déverrouillé la porte et je suis sorti en haletant.
Alors qu’ils sont censés nous laisser nous décontaminer, ils m’ont amené directement à la douche, ont appuyé sur le bouton deux fois pour un total d’à peu près une minute et m’ont ramené dans le corridor. J’ai repris suffisamment d’oxygène pour pouvoir parler et je me suis donc adressé à la caméra au milieu des haut-le-cœur et des quintes de toux : « Ceci est une action directe pour protester contre l’exécution imminente de Jaime Elizalde Jr., Tony Egbuno Ford, et tous les autres qui ont une date d’exécution !! Ceci est une action directe pour protester contre les conditions de vie inhumaines auxquelles nous devons faire face chaque jour !! »
Tandis qu’ils continuaient à traîner toutes mes affaires hors de ma cellule à travers le gaz j’ai continué à m’adresser à la caméra qu’ils utilisent lors d’incidents d’une voix calme mais forte et ferme :
« Nous nous tenons solidaires de tous les groupes du monde libre opposés à la peine de mort pour exiger la fin immédiate de la peine capitale. » Totalement nu, aveuglé, toussant et m’étouffant, j’ai continué jusqu’à ce qu’ils me remettent dans ma cellule, sur le sol trempé de gaz.
J’étais plaqué à terre par trois gardes pour que je ne puisse pas bouger. Ils m’ont démenotté et m’ont laissé nu dans la cellule, couvert de gaz et cherchant de l’air. Ils ne pouvaient pas refermer la porte complètement, donc ils m’ont déplacé dans la cellule 84. Me voici donc, complètement nu dans cette cellule, brûlant encore de la tête aux pieds. J’ai essayé de faire rentrer un caleçon dans la cellule, mais il n’est pas passé – la cellule est trop hermétique. Tout ce que j’ai pu « pêcher », c’est ce stylo et un bout de papier.
Egbuno vient juste de partir voir son avocat. Il m’a crié qu’il allait mener un sit-in individuel dans le couloir et refuser de bouger. Ce sera son entrée dans la manifestation. Tous les autres participants sont logés à l’autre bout de ce bâtiment de 500 hommes mais j’ai entendu qu’on appelait l’équipe d’urgence là-bas, donc je sais qu’ils se sont mis au boulot ! Rien de tel n’a jamais été fait auparavant, et c’est magnifique !
Allez sur www.robertwill.co.nr et www.tonyford.org pour obtenir d’autres informations. Nous avons besoin que tout le monde à l’extérieur soit solidaire avec nous et nous avons absolument besoin de votre soutien !
Du nouvel Auschwitz
Avec force et amour dans la lutte :
Rob Will
D.R.I.V.E.
DEATH Row INNER-COMMUNALIST VANGUARD ENGAGEMENT
